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Dossiers et reportages || Questions sociétalesEntretien avec Alain Touraine |
Introduction
Nous vous proposons deux niveaux de lecture de l’entretien réalisé avec Alain Touraine en avril 2005 pendant plus d’une heure. Une version écrite et imprimable qui est la retranscription fidèle des propos du sociologue, organisée en quatre volets. Une version filmée de l’interview, découpée en pastilles thématiques en lien direct avec les textes. Ces deux versions sont indépendantes et/ou complémentaires, vous pouvez ainsi choisir à votre guise la manière d’entrer en contact avec la sociologie d’Alain Touraine.
Entretien: Jean Blairon, Christine Renouprez.

Dans son dernier ouvrage, Un nouveau paradigme pour comprendre le monde d’aujourd’hui, Alain Touraine part du constat que si le monde a beaucoup changé, c’est aussi notre regard sur le monde qui a changé. Face aux forces impersonnelles du marché, de la globalisation, de la désocialisation, des violences, la consommation de masse, l’individu semble bien faible…
Nous changeons de catégorie
« C’est-à-dire que ce n’est pas seulement les choses qui changent, c’est notre regard. Nous changeons de catégorie. »
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– J.B : « Alain Touraine, dans votre dernier ouvrage ‘Un nouveau paradigme pour comprendre le monde d’aujourd’hui’, vous partez de l’idée que la société a beaucoup changé et que pour prendre la mesure de ces changements, la thématique de la mondialisation et de la désocialisation constitue une approche permettant de comprendre ces transformations… »
– A.T: « Je dirais que oui, en effet, le monde a beaucoup changé. Mais depuis le temps que l’on dit que les technologies changent, que l’économie change, etc., il me semble que nous sentons tous la nécessité de désigner les changements de manière plus globale. C’est-à-dire que ce n’est pas seulement les choses qui changent, c’est notre regard. Nous changeons de catégorie. J’explique ça volontiers avec un petit rappel historique… Pendant longtemps dans notre modernité, nous avons pensé en termes politiques. L’État, la souveraineté, la monarchie absolue, et puis ça se termine par l’idée de révolution. Tout ça ce sont des catégories politiques. Ensuite, on a découvert la révolution industrielle. On s’est mis alors à parler classes sociales, luttes sociales, investissement, capital, etc. On a vécu comme ça pendant 150 ans. Et puis j’ai le sentiment – et je ne parle pas de l’avenir, je parle du présent bien établi – que depuis 50 ans, on a basculé – pas complètement, jamais complètement – dans une autre manière de voir, une autre paire de lunettes si vous voulez, d’ordre culturel. »
