Nos productions 2019
en éducation permanente
Chapitre I -Nos analyses et nos étudesChapitre II -Nos services |
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Les gilets jaunes qui ont surgi à la une des médias depuis quelques semaines, tant en France qu’en Belgique, font couler beaucoup d’encre par plus d’un trait : la soudaineté du surgissement, l’ampleur de la mobilisation, tant en nombre qu’en durée, la variété des profils des manifestants, le refus de se structurer et d’avoir des porte-parole, entre autres. Beaucoup s’interrogent : s’agit-il d’un mouvement, au sens que donne à ce terme la sociologie de l’action ? Jean Blairon pour sa part préfère relever les questions que l’action collective des gilets jaunes, quelle que soit la qualification qu’on lui donne, pose en référence à l’éducation permanente, appelant un exercice de réflexivité sur les engagements et les enjeux des associations dont l’éducation permanente est justement la mission. Ainsi, la place donnée à la question sociale qui se lit dans les revendications des gilets jaunes ; la diversité des traductions politiques qui sont proposées à l’intérieur d’une même mobilisation ; la relation défiante du groupe à sa représentation par un porte-parole ; la vision de la participation politique ; les enjeux politiques d’un changement de paradigme autour du « nous solidaire » ; autant de questionnements à saisir par l’éducation permanente en entrant en relation avec les gilets jaunes.
Le secteur de l’aide à la jeunesse a vu changer son cadre décrétal avec l’adoption du nouveau Code de la prévention, de l’aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse du 18 janvier 2018. Le Code entre en vigueur en ce début 2019, et les arrêtés d’application sont finalisés ou en bonne voie d’élaboration. Les visées de cette nouvelle disposition sont positives : garantir une continuité dans les interventions, garder mémoire du parcours de l’enfant, permettre la co-construction de la stratégie d’intervention. La première identifie l’enjeu micro-politique produit par cette introduction dans le Code ; les deux suivantes posent des questions de relations entre acteurs.
Le titre de cette analyse se réfère à l’ouvrage de John Dewey, Le public et ses problèmes, écrit en 1926. Si cet auteur est ici convoqué, c’est qu’il est frappant de constater que l’analyse qu’il y faisait des problèmes politiques vécus à cette époque résonne étonnement encore de nos jours, et que les principes de recul réflexif qu’il y proposait gardent toute leur pertinence. Le début de 2019 est marqué par toute une série de manifestations et d’actions (gilets jaunes, jeunes pour le climat, grève générale du 13 février), qui peuvent être interprétées de manières diverses. Les améliorations recherchées semblent de deux ordres, requérant :
La tendance majoritaire de nombreux commentaires est en effet de pointer le personnel politique comme source de tous les maux, et d’en appeler à des dispositifs considérés comme plus démocratiques. Pour Dewey, pour évaluer une politique, il faut analyser les conséquences qu’elle produit. C’est à cet exercice que Jean Blairon tente de se livrer, pour garder une vigilance critique par rapport aux conséquences possibles des changements de la politique que l’air du temps semble trouver d’office vertueux.
La réforme APE prévue par le gouvernement wallon ne sera finalement pas votée sous cette législature. Elle a fait couler beaucoup d’encre, suscité de multiples inquiétudes dans les foyers et dans les services, mobilisé contre elle des milliers de personnes dans les rues de la capitale wallonne. Mais si ce vote est repoussé, il reviendra peut-être à l’ordre du jour dans quelques mois. C’est la raison pour laquelle un retour réflexif sur les enjeux réels de cette réforme reste nécessaire. Que cache t’elle derrière ces arguments de transparence, de cohérence et d’efficacité qu’elle met en avant ?
En cette période pré-électorale, le journal Le Soir a publié, durant plusieurs jours, les « bulletins des ministres » des différents gouvernements. Nous nous sommes penchés sur ceux des gouvernements de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Wallonie publiés les 23 et 24 avril 2019. En effet, cette initiative ne laisse pas d’étonner si ce n’est d’inquiéter. Elle fait écho au constat que faisait déjà Pierre Bourdieu il y a près de 20 ans : les agents du champ médiatique sont devenus des agents en première personne du champ politique, sur lequel ils pèsent. Voire qu’ils contribuent à déformer, s’érigeant en arbitres (de ce champ comme d’autres d’ailleurs), l’arbitrage s’effectuant à partir des critères de leur propre champ et non de ceux du champ concerné, comme le montre l’analyse des bulletins réalisés. Au-delà, nous proposons des critères de jugement d’une action politique qui pourraient être dégagés d’une analyse de la politique comme champ si celui-ci était moins déformé par le champ médiatique.
Avec la récente réforme du décret de l’éducation permanente, un changement de cap s’opère dans l’approche de la question de l’évaluation, avec une exigence réflexive nouvelle d’auto-évaluation qui met l’accent sur le qualitatif et le sens de l’action, et non plus prioritairement sur le quantitatif. Si ce changement n’en est qu’à ses prémices, il revêt cependant une importance symbolique non négligeable dans la résistance au modèle ultra-dominant de « l’évaluation », bien en phase avec le mode de pensée néo-libéral. Parmi les quatre questions qui portent sur le sens des actions dont les associations d’éducation permanente doivent désormais se saisir, il en est une que nous explorerons plus en profondeur dans cette étude : 3. Quel est / quels sont l’effet / les effets et impacts que l’association cherche éventuellement à produire et / ou à susciter à partir de ses actions et vers quels destinataires ? Nous tenterons ainsi de faire saisir l’ampleur de la différence entre une approche néo-managériale de l’action des associations et l’approche réflexive qui est désormais prônée. La première convoquera les associations à une « évaluation » des résultats (y compris dans une logique de doute, voire de suspicion : « est-ce que ça sert à quelque chose ? ») ; la seconde les invitera à se mobiliser effectivement dans une évaluation des effets. D’abord, nous différencierons les notions de contrôle et d’évaluation, si souvent (mais pas si innocemment) confondues, la première se glissant trop souvent dans les habits de la seconde et profitant de l’ambiguïté ainsi produite pour asseoir une démarche de pouvoir. Ainsi, « l’évaluation » des résultats s’est imposée quasi partout – en fait, une démarche de contrôle souvent sournoise. Nous donnerons des exemples (d’hier et d’aujourd’hui, car la tendance n’est pas neuve) de cette usurpation de sens dans la gestion de diverses politiques ; nous nous attacherons à en montrer les rouages. Par opposition, nous explorerons ce qui, dans la réelle démarche d’évaluation, produit des effets (et non des résultats) au long d’un processus de recherche.
Cette analyse a été réalisée à l’occasion d’un colloque organisé en juin 2019 par l’institut de promotion sociale Lallemand à Bruxelles. Le thème en était « Quel rapport entre la représentation des idéaux professionnels et les enjeux de l’éducation (permanente) ? ». Jean Blairon propose d’aborder la question sous l’angle de l’analyse institutionnelle, et de lire le local au départ du global.
La démocratie représentative est de plus en plus dénigrée ou discréditée. D’aucuns estiment que l’élection n’est plus un mode approprié de désignation du personnel politique. C’est au départ d’une nouvelle de l’écrivain argentin Borgès, « La loterie à Babylone », que les auteurs introduisent leur propos. Cette loterie ne porte pas sur un gain possible d’argent, mais sur le sort des individus qui parient. Puis elle gagne du terrain jusqu’à se généraliser et dominer la vie entière de la cité. Le tirage au sort semble aujourd’hui ne plus être réservé à la fiction ou à la littérature fantastique ; il est de plus en plus présenté comme un dispositif recommandable, meilleur que d’autres, dans des environnements où un tel recours ne laisse pas d’étonner. Les auteurs en donnent deux exemples récents : la conduite des affaires publiques et les politiques sociales. Puis ils proposent une réflexion sur la question de fond que ces nouvelles tendances posent quant à la légitimité de la politique.
Cette analyse est issue d’une intervention de Jean Blairon dans une « causerie » organisée par Incidence, la fédération de la créativité et des arts en amateur le 26 octobre 2019, et qui soulevait la question suivante : Quelle part la désobéissance peut-elle prendre dans un projet socioartistique ou culturel ? Pour Jean Blairon, il ne s’agit pas de se demander si la « désobéissance » (mot valise par ailleurs) prend une place trop grande voire illégitime (propos entendu un jour « vous n’êtes pas subventionné pour faire la promotion de la désobéissance civile »), ou au contraire une place trop faible, si ce n’est pusillanime. Il s’agit plutôt de se poser la question de la translation d’un univers à l’autre : de l’univers culturel à l’univers social ou politique par exemple. Par translation, on peut entendre la production d’effets dans un autre univers (un autre champ pour utiliser ce concept de Bourdieu) que celui dans lequel l’acte est posé. Au départ d’exemples, Jean Blairon montre la difficulté de cette translation, souhaitable et nécessaire pour autant qu’elle ne soit pas instrumentalisée.
Le 8 novembre 2019, le Parti de la gauche européenne inaugurait son Forum de Bruxelles. Le programme du Forum faisait pour la première fois une place à la question de la culture, via une session intitulée « Culture émancipatrice ou culture de marché ? » A la fin des années 70, Marcel Hicter prônait une démocratie culturelle, basée sur un travail d’animation culturelle au cœur des populations, qui ferait de l’animateur une instance critique et du groupe un agent de transformation sociale, qui « s’affranchit des lois du monde ordinaire ». 20 ans plus tard, Bourdieu constatait que désormais c’était la diffusion qui commandait la production. La culture se voyait marchandisée. Se demandant comment on en est arrivé là, Jean Blairon analyse les éléments qui, se cumulant, et portés par diverses instances de légitimation, mènent un pas plus loin, à une culture de la marchandisation.
La période de fin d’année voit revenir les mêmes rituels de fêtes, de consommation, et aussi désormais, pour la 7è fois, de l’émission Viva for Life. Le dossier de presse encense l’opération, en prétendant erronément,comme à l’habitude, de venir en aide aux enfants ; il met particulièrement en avant le caractère festif de la mouture 2019 qui aura lieu à Tournai. L’inclusion de la campagne de sensibilisation dans un continuum festif n’est pas sans poser question. Ce battage médiatique contribue ainsi à une stratégie du statu quo : il entérine un désengagement public en matière de lutte contre les inégalités et le défaussement sur la responsabilité individuelle, y compris en matière de « devoir de don ». Le concept de « pauvreté infantile » sert sans nul doute à faire vendre l’opération, mais aussi, en héritier de la philanthropie bourgeoise, à stigmatiser des parents qui sont pourtant victimes de causes structurelles (qui ne trouvent pas de correctifs dans l’opération) et dont les ressources subjectives sont détruites par la lutte continuelle pour des moyens de survie.
L’asbl Namur entraide sida organisait un colloque, le 21 novembre 2019, à l’occasion des 10 ans de son service L’Echange, service d’Aide et de Soins spécialisés en Assuétudes. Sollicité à cette occasion, Jean Blairon propose une analyse institutionnelle du dispositif de réduction des risques autour de trois portes d’entrée, en recherchant des mots qui pourraient être justes à la fois pour les bénéficiaires, pour les professionnels, et pour ceux qui pourraient rejoindre ce qui reste un combat.
Et c’est en mobilisant des réseaux suffisamment solides que des lois peuvent s’imposer, dans ce domaine comme dans d’autres.
La FESEFA a sollicité Jean Blairon dans le cadre d’un projet d’ouvrage sur l’autonomie associative. Jean Blairon aborde la question par l’angle de l’analyse institutionnelle. Si la question peut être posée à propos de la vie associative, cela impliquerait dans ce contexte qu’un « pouvoir central » lui aurait reconnu une spécificité suffisante que pour lui accorder d’être gouvernée par ses propres lois (ou de façon indépendante, par des instances propres) et ce, au bénéfice des deux parties. Il n’est pas inutile, dans ce cadre, de rappeler l’héritage du communalisme. Mais cet héritage est aujourd’hui menacé, et pour les associations, il y a donc un enjeu principiel qui consiste à leur garantir une liberté conquise qui leur permet de se gouverner « par leurs propres lois », et non d’être gouvernées par une loi unique, autoritaire, centralisatrice et assimilationniste, et des enjeux pratiques, qui concernent les différentes dimensions de l’héritage en question. Et c’est à travers différent champs qu’il convient d’étudier la question : politique, économique, social.
Le périodique Repèr’AJ, journal de l’aide à la jeunesse, s’est, dans son n°d’avril, concentré sur la lutte contre la réduction des inégalités. Lutter contre les inégalités, pour un secteur comme celui de l’aide à la jeunesse, c’est aussi être attentif aux moments où les jeunes pris en charge risquent de se heurter de plein fouet à une forme d’inégalité particulièrement cruelle : l’inégalité des chances. Le moment du passage à la majorité peut malheureusement être ce moment où se réinvite brutalement cette forme d’inégalité, combattue jusque là tout au long de la prise en charge. Le délicat moment de la mise en autonomie des jeunes hébergés est donc particulièrement important. Et au centre de la démarche, la question du logement occupe une place de choix. En 2017, RTA a été sollicité par l’administration pour initier une recherche-action sur le logement et l’autonomie des jeunes dans le secteur de l’aide à la jeunesse ; elle a été menée avec le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté. Ce sont les principaux enseignements de cette recherche que cette analyse aborde. Une série d’épreuves cumulées attend les jeunes, parfois peu perçue pour ce qu’elle est par les professionnels : un risque accru, et brutal, de plongée vers la désaffiliation. Mais des projets innovants montrent que la souplesse permet de renverser la vapeur.
Dans notre pays, le vote « à la proportionnelle » implique la plupart du temps la constitution de coalitions qui peuvent être dotées de plus ou moins d’évidence ; certaines ont même été décrites, on s’en souvient, comme « contre-nature ». Les élections législatives du 26 mai 2019 n’ont pas échappé aux argumentaires dominés par le recours à la figure logique de la disjonction, où les termes de l’opposition sont présentés comme incompatibles : continuer la politique socio-économique menée au fédéral ou la stopper ; prendre en compte ou non l’urgence climatique, etc. Cependant, cela alimente aujourd’hui la déception ou la défiance envers « la politique », soit en l’occurrence envers l’exercice légitime d’un pouvoir dans une démocratie. Comment prendre du recul par rapport à cette attitude déceptive ? Il nous a paru pertinent de nous imposer à nous mêmes un recul réflexif, en nous donnant pour tâche d’explorer une question qui pourrait être formulée comme suit : « à quelles conditions, de notre point de vue, la constitution de majorités non homogènes pourrait-elle nous paraître légitime, même si elle intervenait entre des partis que l’on perçoit ou qui se sont perçus comme de farouches adversaires ? »
A l’occasion de la célébration des 50 ans du CAL le 3ème numéro de 2019 de la revue « Echos de Picardie », édité par Picardie laïque, a sollicité plusieurs auteurs pour traiter certains angles de la thématique. Jean Blairon et Philippe Mahoux ont eu à répondre à la question : « la laïcité est-elle en adéquation avec les préoccupations de toute la population ? ». Les auteurs ancrent leurs propos dans la laïcité telle qu’elle peut être vécue en tant qu’exigence choisie, auto-imposée. Cette exigence se décline en actions propres à soutenir
Mais il faut aussitôt ajouter, s’agissant de laïcité vécue, que l’articulation ou parfois la synthèse entre ces principes n’est jamais ni simple ni évidente.
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Notes 1-M. Hicter, Pour une démocratie culturelle, Publication de Direction générale de la jeunesse et des loisirs du Minsitère de la Communauté française et de la Fondation Marcel Hicter pour la Démocratie culturelle, 1980, pp. 334 et 329. |