Nos productions 2021
en éducation permanente
Chapitre I – analyses et étudesChapitre II – service |
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Aux Etats-Unis, l’invasion du Capitole par les supporters de Trump a été un événement mondial, relayé par les médias et abondamment commenté. Ce qui s’est passé là semble un exemple particulièrement emblématique à Philippe Mahoux et Jean Blairon sur le rôle que jouent les institutions démocratiques et sur les coups de boutoir qu’elles peuvent connaître dans la mise en œuvre de leurs missions. C’est en se basant sur la sociologie de Luc Boltanski que les auteurs montrent ce qu’est le rôle des institutions et comment ce rôle a été bafoué par Trump, entraînant ses partisans derrière lui. Mais il importe aussi de voir, au-delà du cas américain, comment cet épisode remet en lumière l’importance du fonctionnement d’institutions qu’on a que trop tendance, dans l’air du temps, de trouver lourdes et obsolescentes. La vigilance critique sur ce qui peut nous faire jeter le bébé avec l’eau du bain est plus que jamais d’actualité.
Si les débats à propos de la crise sanitaire font rage et occupent une très large part de l’espace médiatique, on peut s’étonner parfois de leur objet. Les polémiques sur ce que devrait ou pourrait décider le comité de concertation sont en effet permanentes, les discussions anticipées de « ce qui est sur la table » se succèdent et se contredisent.
Dans les années 70, Marcel Hicter, considérant que la démocratisation de la culture qu’il soutenait auparavant s’avérait décevante, lui opposa fermement un autre paradigme : celui de la démocratie culturelle. Aujourd’hui, si cet héritage est toujours bien vivant, cette orientation n’est pas pour autant devenue la référence principale ou prioritaire. Dès lors, nous nous demandons quel rapport la démocratie culturelle entretient aujourd’hui avec d’autres champs, et même avec la production de la société en tant que telle.
Dans une analyse précédente, Philippe Mahoux et Jean Blairon s’interrogeaient sur la manière dont notre société pourrait se relancer après cette crise sanitaire, et surtout au profit ou au bénéfice de qui. De fortes craintes existent en effet que le modèle de « l’après » ne soit que l’exacerbation du modèle « d’avant ». De fait, nous pouvons constater notamment que revient au devant de la scène la proposition d’une « modernisation » de la sécurité sociale qui prendrait la forme d’une allocation universelle (ou toute autre appellation équivalente). Philippe Mahoux et Jean Blairon analysent une émission de la RTBF où cette proposition qui est en fait floue et multiforme est présentée comme « une idée qui fait son chemin auprès des partis politiques ». Ils rappellent le point de vue de Max Weber selon lequel le résultat final de l’activité politique répond rarement à l’intention primitive de l’acteur. Les auteurs se demandent en l’occurrence si le résultat final d’une mesure comme l’allocation universelle pourrait être autre chose qu’une transformation de l’aide sociale en variable d’ajustement des finances publiques ; qu’une aggravation des rapports de force qui s’exercent dans un espace social de plus en plus privé de liberté pour les travailleurs ; qu’un affaiblissement des luttes qui ont pour visée de diminuer l’exploitation et l’aliénation en soutenant la face positive du travail, l’utilité sociale qu’il permet, la solidarité et la créativité collectives dont il est porteur.
NEET, un acronyme qui désigne des jeunes comme triplement « ni » : ni à l’emploi, ni aux études, ni en formation. Cette « catégorie » a donc été construite autour d’une expérience sociale des individus abordée exclusivement par le prisme de deux dimensions : l’emploi et la formation initiale et continuée. RTA a mené avec le RWLP plusieurs recherches-actions, qui touchent toutes à ces dimensions d’emploi et de formation, et dans lesquelles nous avons rencontré des personnes concernées en les mettant en situation d’analyse pour essayer d’apprendre d’elles et pour imaginer avec elles des voies de transformation possibles. L’IBEFE (Instance Bassin Enseignement qualifiant Emploi Formation) Hainaut Sud a sollicité Jean Blairon pour une intervention dans un colloque organisé en collaboration avec les centres de recherches de l’UCL et de l’ULB, intitulé : « Neets : vers une transformation des regards et des pratiques ». C’est dès lors sur les recherches-actions précitées que cette intervention s’est construite pour proposer au commanditaire un dispositif de compréhension et d’action.
Pour permettre une ligne d’action possible, il faudrait réaliser une analyse stratégique participante avec les personnes concernées, en les considérant comme un des commanditaires de l’action.
Le 14 septembre 2021, la Fédération des CPAS wallons organisait ses Etats Généraux de l’insertion, autour de la question de l’employabilité. La fédération souhaitait proposer une prise de recul pour réfléchir à cette notion, qui fait l’objet de positions en sens divers ; elle justifie cette initiative de la sorte : « Alors que depuis des années, l’accent est mis sur l’emploi comme voie prioritaire à l’insertion des personnes, il nous a semblé pertinent de questionner cette notion. Les chiffres continuent à montrer que tout le monde n’y accède pas : parfois parce qu’il n’y en a pas suffisamment, parfois parce que la personne n’a pas les qualifications ou l’expérience requises mais, parfois aussi, parce que l’emploi n’est pas possible pour cette personne à moyen ou à long terme. Des orientations sont prises par les autorités pour répondre à cela : certaines tendent à considérer que tout le monde doit avoir la chance d’accéder à un emploi et d’autres qu’il faut préserver certaines personnes particulièrement vulnérables de la pression liée à cette recherche d’emploi ». Les personnes invitées à débattre étaient Paul Timmermans, Président de la Commission Emploi Formation de l’Instance-Bassin Hainaut sud et Président de la Mirec, Jean-François Orianne, Professeur de Sociologie à l’Ulg, et Oleg Bernaz, chercheur et superviseur à RTA. En s’appuyant sur une série d’entretiens réalisés avec des personnes touchant le seuil de la pauvreté, Oleg Bernaz interroge la croyance néolibérale selon laquelle nous sommes tous employables. Pour sortir de la fausse alternative « tous employables ou pas ? », il convient de comprendre les conditions de la mise à l’emploi tout en évitant le raisonnement des groupes dominants. Les conclusions qui s’esquissent dans le sillage de cette analyse font valoir l’importance des nouvelles solidarités collectives ainsi que le rôle qu’y jouent les institutions en tant qu’elles promeuvent l’idéal d’une société plus juste et donc plus égalitaire.
Le recours à des « indicateurs » se généralise dans nombre de secteurs, y compris dans l’associatif, au point de paraître incontournable pour une bonne gestion. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’ils font partie de ce que les sociologues de l’innovation nomment des « créatures », soit des « acteurs non humains » : technologies, techniques, concepts, procédures, etc. Ils sont conçus dans des lieux qui appartiennent à la pensée dominante, et, en se répandant – en s’imposant – dans le corps social, ils contribuent à la domination. Pour le secteur associatif, le recours systématique à des indicateurs est contre-productif, si ce n’est parfois antinomique des missions elles-mêmes. Ainsi, comment peut-on a priori et à long terme décrire des indicateurs d’une action où tout se jouera dans la co-construction avec les publics, et est donc par définition improgrammable ? C’est le cas, par mission, pour l’éducation permanente. Comment dans ce cas pratiquer la démocratie culturelle chère à Marcel Hicter ?
Dans toutes sortes de secteurs d’activités, la pandémie a imposé un arrêt brutal des activités ou des adaptations majeures de celles-ci. C’est le cas de beaucoup d’activités d’éducation permanente dans leur dimension de rencontre, d’animation, de formation ou de mobilisation collective qui ont été tout simplement frappées d’interdiction. Questionner la question, c’est sans doute la première exigence réflexive, et elle nécessite de nous poser au moins trois gestes réflexifs indissociables : – se demander quel « format » ou quel « modèle » va préluder au questionnement ; – relier la question aux enjeux globaux dans lesquels la réponse que l’on apportera au questionnement va produire des effets ; – identifier ce que peut nous faire perdre la manière dont on va prendre en charge le questionnement.
La déclaration de politique communautaire (DPC) 2019-2024 décline une priorité en faveur des jeunes dits « incasables », en évoquant différentes pistes de solutions renforçant des dispositifs existants. Force est de reconnaître que ces jeunes pâtissent souvent d’une organisation bureaucratique de l’aide qui leur est apportée, se déclinant trop souvent en « cases » dans lesquelles, plus ils sont en difficulté(s), plus ils ont du mal à se faire accepter, leurs besoins spécifiques et multiples ne trouvant de réponse finalement ni partout, ni nulle part. De fil en aiguille, ils finissent par être considérés comme les « inadaptés » d’un système qui peine à s’adapter à la réalité, jusqu’à produire, même à son corps défendant, des violences institutionnelles. Pour autant, rien n’est-il possible ? Possible, en tout cas tentable et tenté, et productif, et inventif, et opiniâtre, cela le fut, durant des décennies, par Fernand Deligny, à une époque bien plus âpre encore que la nôtre, et réputée bien moins tolérante, et avec des jeunes réputés quant à eux définitivement irrécupérables. Cela nous a paru une – des – tentative(s) à rappeler, pour interroger, nourrir, inspirer des pratiques actuelles. Cette étude se structure en trois parties.
C’est donc une tresse de trois pensées, celle de Fernand Deligny, celle de François Jullien et celle de Michel Callon et consorts, que nous vous proposons dans cette étude.
La crise sanitaire a fait faire un bond en avant à la digitalisation du travail, y compris celui des services publics ou du travail social. A tel point que non seulement cette digitalisation a remis en question la nécessité, si ce n’est la légitimité, d’un contact en face à face entre le travailleur et le « bénéficiaire ». La situation s’est même nettement retournée : la rencontre en présentiel, sur rendez-vous, devient, presque naturellement, une option à la demande – cette demande qui ne manquera pas d’être vite « importune ». La règle deviendra-t-elle l’exception ? Dans cette analyse, nous refusons ce que nous considérons comme une régression, pour 6 raisons au moins.
En mai et juin 2021, une série de rencontres et d’ateliers ont été organisés par la FESEFA en partenariat avec les CEMÉA et certains membres du collectif PUNCH – PointCulture, le Gsara, le Centre Librex et le CESEP. L’objectif de ces rencontres, par ailleurs virtuelles, était de réfléchir aux enseignements d’un an d’éducation permanente contrainte par la crise sanitaire à se réaliser en distanciel. Les matériaux de ces moments réflexifs ont été retranscrits et la FESEFA a sollicité Jean Blairon pour en faire la « synthèse », vue de l’extérieur puisqu’il s’était astreint à ne pas participer aux travaux. Il a procédé par grappes de sens à mettre en relation. Un premier chapitre sur le processus lui-même et ses paradoxes permet un premier cadrage qui identifie trois questions centrales.
Les chapitres suivants s’emploient à tenter de répondre à ces trois questions par boucles successives, en approfondissant leurs composantes à travers les propos des participants et en les exposant au prisme suivant : quelles vigilances déployer, sachant qu’on ne peut jamais, en éducation permanente, séparer une réflexion sur les moyens (l’outil par exemple) et les finalités de l’action (et inversement). Pour la première question, elle sera référée aux pratiques d’éducation permanente à articuler aux enjeux du monde du travail en général.
Le travail associatif, y compris celui de l’éducation permanente est souvent discret, peu médiatisé. Si ses apports sont indéniables dans le soutien au fonctionnement démocratique, leur efficacité est souvent laissée dans l’ombre. Ce qui, à une époque où la visibilité constitue le critère dominant de la légitimité, joue en défaveur des associations. Les services publics sont d’ailleurs soumis à la même disqualification : ce qui n’est pas « visible » (à savoir : médiatisé) tend de plus en plus à être considéré comme non utile. Cependant, si on veut penser le rapport entre visibilité et éducation permanente, il faut le faire d’une manière qui soit congruente avec les pratiques d’éducation permanente, et non dans le langage dominant, ni avec la définition dominante de la visibilité, ce qui constituerait une incohérence majeure. Cette analyse pointe trois éléments qui rendent complexe la tâche de visibilisation que l’éducation permanente s’impose, non pour elle-même mais pour les combats qu’elle porte.
Le rôle des associations, notamment d’éducation permanente, est de recueillir, structurer et relayer la parole des individus et des groupes, en soutien de la démocratie. En cette année du centenaire de la loi de 1921, on peut se demander si ce rôle n’est pas menacé, entre autres par l’arrivée du Code des sociétés et des associations. Les auteurs entendent la démocratie non seulement comme un système politique mais, à la suite d’Alain Touraine, comme un Etat où on a le « droit d’avoir des droits ». C’est l’action des mouvements sociaux qui rend possible cet objectif ; mais si les mouvements sociaux comptent des luttes et des révoltes, ils comportent aussi tout un travail de fond, moins visible mais tout aussi déterminant, assuré par les associations diverses. Cette analyse propose l’illustration de ce travail de fond, souvent peu visible, en amont et en aval de travaux parlementaires, dans le cadre de législations dont Philippe Mahoux a été un acteur. Elle pointe aussi les dangers qui le menacent, à travers des fonctionnements qui gagnent du terrain.
RTA a été sollicitée par la CSC Namur-Dinant pour poursuivre une démarche entamée lors de son congrès en 2018, et qui consistait à recueillir le point de vue de ses délégués et militants ; cette année-là, l’enquête avait porté sur la manière dont se vivaient les solidarités au sein de la Fédération (Retrouvez cette étude à l’adresse https://www.intermag.be/675). En 2021, après une interruption imposée par la crise du Covid, le processus a repris, en repartant de l’expérience des acteurs et sans préjuger d’une thématique précise. En essayant de rendre raison des analyses fouillées réalisées par les 20 personnes interrogées, nous avons d’abord rencontré une qualification de la pandémie du Covid19 comme une mise en cause des références expériencielles et des balises habituelles du travail. Il s’agit bien d’un choc culturel de forte amplitude qui interroge les pratiques et le sens de l’action. Le recul réflexif opéré par les personnes interviewées met en lumière que le « monde d’après » ne répondra sans doute pas aux espoirs qui se sont exprimés lors du premier confinement. Les analyses prévoient plutôt une exacerbation de ce qui prévalait avant la pandémie : montée des inégalités, aggravation des fractures sociales, abandon plus fréquent des droits. Dans le monde du travail, nous avons rencontré de nouvelles formes de domination, parfois sur fond d’abus dans le chef des employeurs. En tous les cas, une emprise s’aggrave sur les travailleurs, qui interroge la place qu’il faut donner dans les analyses et dans l’action à la relation de subordination et aux formes qu’elle peut prendre. Le télétravail fonctionne comme un révélateur et une métonymie ; il est la partie qui révèle ce qu’est le tout, avec des effets possibles d’affaiblissement de la concertation sociale et de la mobilisation. Pour autant, il n’est pas totalement à rejeter dans des limites qui ont été précisées par les personnes au départ de l’expérience qu’elles en ont eue elles-mêmes également. Ce double niveau : le monde du travail à propos duquel on est en lutte et le fait que cette lutte s’exerce elle aussi dans le cadre d’un contrat de travail nous a mis sur la voie de la question d’une correspondance suffisante – ou non – entre les luttes engagées et la manière de s’organiser à l’interne pour les mener. La question est abrupte : le syndicat est-il sur certains points une entreprise comme les autres ? C’est dès lors un questionnement sur les visées du syndicat qui est avancé, la pandémie ravivant les questions que pose le plan de transition dans lequel le syndicat s’est engagé. Ce questionnement isole une controverse centrale qui s’exprime par une opposition syndicat de service/syndicat de combat. Nous avons essayé de déplier les termes de cette controverse pour les déplacer, ce qui nous a permis de proposer une autre façon de voir la relation de service. Celle-ci est en réalité un enjeu qui traverse toute la condition salariale aujourd’hui et elle est donc une formidable occasion de construire une correspondance suffisante entre les luttes et la manière de s’organiser pour les mener. C’est aussi, sans doute, une voie qui permettrait de construire des alliances inter-catégorielles plus larges et plus fortes. Par rapport à cet enjeu que nous avons trouvé central, nous avons abordé quatre questions stratégiques qui lui sont complémentaires :
La revue L’Observatoire a consacré son dernier numéro de 2021 à la problématique de l’équipe dans le secteur psycho-médico-social. Plusieurs facettes sont abordées comme : « Pourquoi le travail en équipe est-il important et quelles difficultés, tensions, freins peuvent fragiliser son fonctionnement, ou à l’inverse qu’est-ce qui peut le soutenir, le favoriser, le stimuler ? Comment assurer la cohésion d’équipe au sein de grandes institutions ? Comment consolider l’équipe quand celle-ci se caractérise par une grande diversité de ses membres (aux niveaux des disciplines, des parcours professionnels, des cultures, des générations, etc.) ? etc. »
La FESEFA a publié en octobre 2021 – dans la foulée du centenaire de la loi du 27 juin 1921 sur les associations sans but lucratif -, un ouvrage collectif consacré à l’autonomie associative. Une première partie de l’ouvrage est centré sur l’action associative, son histoire, ses évolutions, ses enjeux. Une seconde partie propose des regards croisés sectoriels autour des enjeux traversant l’autonomie associative. C’est dans cette seconde partie que le regard de Jean Blairon a été sollicité, plus spécifiquement dans un chapitre consacré à la déconstruction de notions dominantes et à la redéfinition des enjeux. Cette analyse a été présentée lors d’un colloque le 8/10/2021. Partant de la définition de l’autonomie comme possibilité de se gouverner librement par rapport à un pouvoir central, Jean Blairon rappelle l’héritage communaliste dans lequel s’inscrit la vie associative : un enjeu principiel (la garantie d’une liberté conquise qui permet aux associations de se gouverner par leurs propres lois et non d’être gouvernées par un pouvoir unique), et des enjeux pratiques, qui concernent diverses dimensions de l’héritage en question. Pour l’auteur, la question de l’autonomie associative aujourd’hui se pose dans différents champs – entendons par là, à la suite de Pierre Bourdieu, des univers sociaux qui disposent de leurs lois propres, pas d’office valables dans d’autres. Il déploie donc la question de l’autonomie associative au travers de trois champs : politique, économique et social. Pour chacun de ces champs, il explore les questions suivantes :
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