« No-selfies », un projet de l’asbl RTA (Réalisation, Téléformation, Animation) et du RWLP (Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté)
La mode des « selfies » pose question et stimule l’imagination.
On observe en effet un renversement de perspective interpellant, notamment en matière de rapport aux chefs d’œuvre ; dans un musée, par exemple, on voit de plus en plus de touristes qui, au lieu de photographier l’œuvre qui fait l’objet de leur admiration, se photographient devant elle. Le thème n’est plus d’en emporter une reproduction, mais de diffuser la trace du fait « qu’on y était ». L’œuvre devient un arrière-plan et l’auto-affirmation de la présence, centrale, souvent au détriment de la contemplation elle-même (la personne qui se photographie tourne d’ailleurs le dos à l’œuvre). « J’y étais – mais je ne l’ai pas regardée » pourrait être le slogan paradoxal de cette pratique culturelle, où ce qui compte c’est d’être regardé comme présent/absent sur les lieux de l’œuvre.
A côté de cette présence hypertrophiée et vide, on trouve des personnes dont la présence est déniée, dont les protestations silencieuses ne sont pas entendues, dont la réalité est travestie ou oubliée, et qui sont soumises à une violence symbolique d’autant plus dure qu’elle est invisible : c’est notamment le cas des personnes confrontées à l’appauvrissement durable ou prises dans la tourmente de l’Etat Social Actif.
Nous avons voulu rendre visible l’invisible (ou plus exactement l’invisibilisation) en témoignant d’une réalité décrite par les personnes qui la vivent. C’est à travers des « no-selfies » de personnes « au pied du mur », « dos au mur », et même littéralement « dans le mur », que nous avons choisi de procéder. On l’aura compris, la seule « œuvre d’art » devant laquelle ces personnes devenues transparentes pour la société (pauvres, chômeurs, NEET, etc.) peuvent dire qu’elles « y sont », c’est un mur.