LES SERVICES RÉSIDENTIELS AU MOMENT DU CONFINEMENT :

UN OUTIL RÉFLEXIF

 

 


Introduction

Nous vivons, depuis la mi-mars, un contexte qui a ceci de particulier que nous n’y sommes ni préparés, ni habitués. De plus, un sentiment de peur traverse ce contexte, et cela modifie sans doute les actions, réactions et solutions produites, de façon différente par chacune et chacun en situation de peur, à tout le moins d’inconnu.
Après une première vague de mesures de prévention sanitaires, mises en perspective par les médias et au vu des situations chinoise et italienne en particulier, nous avons chacune et chacun eu besoin de temps, de compréhension, d’acceptations diverses pour en arriver à l’état des lieux et aux nombreuses modifications pratiques actuelles.
Pour un Service Résidentiel Général (SRG), les mesures de prévention sanitaires (lavage des mains, désinfectant, AFSCA, etc.) sont monnaie courante. Dans un premier temps, nous les avons rappelées, renforcées, accentuées.
Nous avons pris le pouls de notre groupe de jeunes et de leurs familles, de nos équipes, pour arriver, chacun à notre rythme, à des mesures qui de jour en jour, s’éloignaient de nos habitudes et préparations.
Chacun à notre rythme également, nous avons été informés de la mesure « confinement sanitaire », au maximum le mardi 17 mars en soirée avec le point presse du Gouvernement fédéral.
Pour ce qui concerne les SRG en particulier, en lien avec les capacités réservées et les situations parfois complexes qu’elles peuvent générer, l’impératif de confiance réciproque entre mandants et services privés, au jour de trouver des solutions inédites de confinement sanitaire néanmoins bien traitantes, prend toute son importance.

Dans ce contexte, il nous a paru nécessaire de pratiquer un recul réflexif sur la situation que nous vivions pour essayer d’en tirer des enseignements sur le présent et pour le futur.
Nous proposons ici une première livraison où nous rassemblons les points réflexifs que nous avons essayé d’élaborer.

 

SRG : les paradoxes du confinement

 

L’explication en lien ci-contre nous paraît résumer assez bien le principe de limiter les interactions humaines. De là, si un confinement veut dire : « rester en contact avec les mêmes personnes un temps donné, pour qu’après ce temps donné, tous les « groupes confinés » puissent à nouveau vivre ensemble et avoir des interactions sociales », un SRG n’apparaît pas d’office comme un lieu adéquat, puisqu’il se fonde sur des interactions humaines (horaires-pauses des éducateurs, etc.).

   

 

 

 

 

Compte tenu de ce que demande un confinement sanitaire (pas d’interactions sociales) et de ce qu’est un SRG au niveau de son modèle organisationnel (succession d’intervenants qui se croisent pour garantir un encadrement permanent), les SRG ont dû, apprenant la mesure de confinement, redoubler de créativité pour imaginer des solutions pour permettre aux jeunes, familles, équipes, de participer activement à ce confinement solidaire.
Ceci sans parler du fait que les SRG, avant que ne débute le confinement fédéral, ont continué d’être ce qu’ils sont d’ habitude : le lieu qui accueille ceux qui ne sont plus accueillis en d’autres lieux (famille, école, hôpitaux, lieux de soins en journée…). Nous y sommes habitués et c’est ce qui fait notre sens, mais il faut ne pas oublier que les jours et semaines d’avant ce confinement à « organiser » ont été des jours et des semaines où des jeunes, qui n’étaient plus accueillis en d’autres lieux, ont déjà regagné les SRG en journée également, nous demandant de sérieuses adaptations.

 

Pour l’Aubépine, concrètement, nous avons été informés via le réseau de notre fédération, dès le lundi 16 mars, de la grande probabilité de confinement sanitaire à prévoir au maximum le 18 mars. Nous avons pu prendre avec l’équipe 2 journées (16 et 17 mars 2020) pour questionner pour chaque jeune, avec sa famille, son réseau et son mandant, les possibilités les moins mauvaises sur un plan sanitaire, possibilités qui devaient être d’office adaptées au jeune et à ses besoins sur le plan pédagogique et se trouver en adéquation avec la mesure d’aide.

 

Durant ces journées précédant le confinement, le secteur s’est questionné, ré-invitant à la créativité d’une part, garantissant la prise en compte des besoins particuliers des équipes d’hébergement d’autre part. A renfort de circulaires, nous avons reçu des indications redisant aussi ce que nous savons, ce à quoi nous croyons : la garantie de l’intérêt de l’enfant.
Le 18 mars, nous avons informé l’ensemble des mandants des solutions bien traitantes, bienveillantes et fondées sur la participation du jeune, de sa famille, de l’équipe et des mandants chaque fois que nous avons pu les avoir en ligne dans cette urgence. En majorité, les solutions de confinement externes ont été validées et mobilisées, avec un soutien téléphonique, plus un acheminement de vivres « désinfectées » quotidien, plus une série de dispositions permettant le retour en confinement au sein du SRG dès que nécessaire, ce qui est bien entendu impossible à prévoir.
Nous avons néanmoins été étonnés de devoir rencontrer le refus de mandants ne validant pas les solutions pédagogiques et sanitaires les moins mauvaises possible pour des jeunes, nous renvoyant à notre responsabilité si ces solutions étaient, tout de même, activées. Nous avons pris nos responsabilités.

 

Une grille de lecture
pour soutenir le travail induit par le confinement

Quoi qu’il en soit, comme nous l’avons déjà évoqué, une solution trouvée ne peut être considérée comme acquise pour tout le confinement et elle ne signifie pas non plus que le SRG considère qu’il n’est plus partie prenante de la situation.

Il était donc important pour nous d’essayer d’élaborer un outil permettant une évaluation des solutions imaginées et un suivi dynamique de celles-ci.

Nous le présentons ci-dessous en suivant les étapes de son développement

  • A. Un pré-requis

Si on admet quele confinement sanitaire idéal est celui qui préserve d’interactions sociales changeantes, on peut considérer qu’un SRG est plutôt inadapté SANITAIREMENT vu son système d’organisation basé sur des interactions entre éducateurs, favorisant en tout cas les échanges entre éducateurs qui se succèdent. La « famille », par contre, peut être considérée comme adaptée SANITAIREMENT (famille s’entend ici dans le sens d’un groupe de personnes qui vivent sans cesse ensemble, sans interaction avec d’autres groupes, une famille est pour un jeune en SRG tout groupe fermé de soutien externe : familier, familier élargi, famille-amie, copains, réseau… connu par le jeune, l’équipe, le mandant).

  • B. La recherche de solutions les moins mauvaises possible

Les SRG, dans l’urgence des 16, 17 et 18 MARS ont tous dû essayer, sanitairement parlant, de proposer aux jeunes qu’ils accueillent des solutions de confinement « moins mauvaises » que la solution d’être confinés en SRG. Ces solutions « Hors SRG » ont été renforcées par une circulaire pour les mandants.1

Les possibilités d’activer dans l’urgence (16 à 18 mars midi au maximum…), pour chacun des jeunes accueillis dans un SRG, des solutions externes dépendent d’une série de dimensions :

  1. L’avis du jeune/de sa famille, leurs idées.
  2. La configuration du groupe de jeunes actuellement pris en compte par le SRG (âges, besoins, programmes d’aide).
  3. L’état de l’activation/mobilisation, pour chacun des jeunes pris en compte, de réseaux familiaux, familiaux élargis, réseaux de soutiens externes.
  4. L’état de la prise en compte, pour chaque jeune, de ses réseaux de soutiens externes par son programme d’aide et les relations qu’il permet, de leur validation « pré-covid » par les services mandants.
  • C. Deux points de repère à prendre en compte

En fonction de ces 4 dimensions et de leurs développements et prises en compte possibles dans la période de réaction à l’information du confinement requis, chaque SRG est parvenu, dans le temps restreint qui lui était imparti, à des solutions qui peuvent sans doute se situer entre deux pôles (pour un modèle de 15 jeunes pris en compte) :

15 Jeunes en confinements externes différenciés

  ><  

15 jeunes confinés au sein du SRG

Compte tenu de la façon dont nous entendons la mesure de confinement sanitaire (précisée ci-dessus) comme la limitation la plus stricte possible des interactions sociales, il apparaît que les équipes, sur le plan sanitaire, ont souhaité favoriser (comme dit dans les circulaires ministérielles relatives aux « sorties de jeunes »2) le pôle vert, quand il était possible à activer. Mais il faut tenir compte aussi, nous semble-t-il, de deux autres pôles en tension.


La participation possible
du jeune et/ou de ses réseaux
et l’intérêt pédagogique du jeune

 

  ><  

La participation impossible
du jeune et/ou de ses réseaux,
la difficulté pédagogique pour le jeune

Compte tenu de la façon dont nous (SRG) envisageons notre travail comme un outil de lutte contre les exclusions et difficultés pour les jeunes, il apparaît que les équipes, toujours, crise ou pas, favorisent le pôle vert (dans la ligne décrétale à laquelle ils souscrivent).

 

  • D. Balises pour évaluer les situations et en réaliser un suivi dynamique

Ces balises peuvent servir pour « structurer » l’état des lieux des solutions mises en œuvre, par les SRG, pour participer au confinement solidaire, pour les jeunes, leurs familles, et les équipes :

Risque
sanitaire

  =  

 

risque de propagation du virus pour le jeune, vers un jeune, pour l’équipe, pour les familiers des membres de l’équipe… ce risque est dû aux nécessaires interactions entre équipes.
Plus ce risque est élevé, plus la peur, les tensions, les conflits, en famille et en équipe, apparaissent.

Intérêt
sanitaire

  =  

 

solution de confinement permettant au jeune, à sa famille, aux équipes, le respect le plus complet possible des limites aux interactions sociales.
Plus ce risque est faible, plus l’assurance, la participation aux actions collectives, les idées de l’équipe, apparaissent.

Intérêt pédagogique/
participation du jeune
 

  =  

 

étape, bien qu’inédite et imprévue, faisant partie du processus du jeune, de son chemin, en plein accord avec son avis, sa famille, son mandant. La solution de confinement apparaît comme une opportunité d’expérimenter une solution quoi qu’il en soit inédite, mais qui prend place dans un cadre et un processus qui le rend possible pour son intérêt et ses projets.
Plus cet intérêt est poursuivi, plus les SRG font leur boulot et arrivent à le faire.

 

Difficulté pédagogique/
Pas de participation possible du jeune et des ses réseaux
 

  =  

 

la solution externe ou interne de confinement n’aide pas le jeune, sur le plan de son processus de soins, de son chemin de vie.
Plus cette difficulté augmente, moins les SRG font leur boulot, et arrivent à le faire.

 

  • E. 4 zones de possibles, mises en place par les SRG, pendant cette période de confinement

A partir de ces balises, nous pouvons distinguer des possibles différents selon les situations.

    1. Les jeunes sont hors du SRG, une situation de confinement sanitaire est possible et pédagogiquement elle semble être la moins mauvaise possible pour les jeunes, leur famille, les équipes.
      Des tactiques « nouvelles » sont mises en place dans cette configuration : liens téléphoniques, contacts vidéos, acheminement de vivres désinfectées, etc…
    2. Les jeunes sont hors du SRG , situation de confinement sanitaire possible mais des difficultés sont possibles sur le plan pédagogique pour le jeune.
      Ce champ-là est plutôt subi par le service que choisi. Il peut s’accompagner de fugues, d’un décrochage du jeune avec l’équipe en période de confinement…
    3. Les jeunes sont confinés dans le SRG, confinement sanitaire limité vu les interactions de l’équipe avec l’extérieur, et ce n’est pas la solution la plus adéquate possible sur le plan de l’intérêt du jeune (thérapeutique, vie en groupe, confinement dans un lieu qui essaie d’être un lieu ouvert pour le jeune…).  
      Des tactiques « nouvelles » accompagnent ce possible : vu que c’est la seule solution pour le jeune, cette solution est vécue « au mieux qu’on peut » pour le jeune et pour les équipes :
      • Passage en mode camp pour limiter les interactions entre équipe jour-nuit.
      • Prestation prolongées/limitées.
      • Renforts d’autres équipes si équipes malades.
      • Augmentation drastique des mesures d’hygiène, etc.
    4. Les jeunes sont confinés « en alternance » en famille et en SRG (ce qui est d’emblée une limite sanitaire), donc en limitant les échanges famille-SRG.
      Les tactiques « nouvelles » suivantes sont requises : une première partie de confinement en famille, puis retour au SRG, avec échange le plus franc possible entre la famille et le SRG sur l’état des symptômes éventuels pour le jeune, la famille ; ensuite, des confinements « temporaires » en SRG (quelques heures sans rentrer dans la zone SRG confinée pour les jeunes qui y sont, ce qui implique des lieux, à l’intérieur du SRG, clairement différenciés), afin de pouvoir ensuite repartir en confinement familial sans le mettre à mal, ni mettre à mal le confinement institutionnel.

 

  • F. Voici comment nous pourrions proposer de répartir les réactions créatives et solidaires des SRG, dans cette urgence sanitaire, autour de ces 4 zones.

 

TableauCroise4Zones

 

  • G. L’exercice de l’évaluation

On peut alors placer les jeunes dans le graphique, en utilisant un point par jeune. Nous avons choisi d’utiliser des couleurs différentes de points.

 

TableauCroiseLegende1

En répartissant de la sorte les jeunes de l’institution dans la structure croisée, en les figurant par des points numérotés avec le code couleur ad hoc, et en actualisant le tableau, on peut suivre le parcours de chaque jeune au cours du confinement.

Il est possible également de raffiner l’encodage en spécifiant le type d’accompagnement proposé à l’égard de chaque jeune.
A titre conservatoire et sans préjudice d’autres interventions possibles, voici quelques possibilités de codes

TableauCroiseLegende

Notes de la première partie

1- Circulaire ministérielle du 18 mars 2020, relative aux mesures temporaires suite à la pandémie de Coronavirus, adressée aux Conseillers et Conseillères de l’aide à la jeunesse et à leurs adjoints, aux Directeurs et Directrices de la protection de la jeunesse et à leurs adjoints, aux Juges de la jeunesse de Bruxelles.