Carnet de l’aide à la jeunesse
« Parole et parentalité »Parole des bénéficiaires, action communautaire et travail en réseau – Actions et réalisations : Sous-groupe « information » |
Introduction
A Verviers, une AMO, Oxyjeunes, constate, dans son travail individuel avec des familles, que beaucoup se plaignent d’être incomprises, peu entendues, voire méprisées par des services sociaux qui interviennent dans leur dossier. Ce sont des familles précarisées, à problématiques multiples, en contact avec plusieurs services, et qui se sentent de plus en plus impuissantes à faire entendre leur point de vue. L’AMO décide alors d’initier une action communautaire, dans le cadre d’un projet de prévention générale. C’est le projet « parole et parentalité ». Au fil des mois, celle-ci prendra une tournure particulière, intégrant les familles elles-mêmes dans la démarche, et s’enrichira de ramifications inattendues.
Le Carnet fait le point sur l’évolution de cette démarche qui, commencée 5 ans avant, était toujours en cours lors de la publication.
De récurrences individuelles à une réflexion entre services
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« Quand on est encadrés par des services de toutes sortes, (Focus group des familles) |
Dans le cadre de son travail individuel, l’AMO passait beaucoup de temps à aider les bénéficiaires à écrire des courriers à destination de mandants ou de services (pour demander un regroupement familial des placements, solliciter des explications sur les raisons pour lesquelles des exigences ont changé en cours de route, faire une demande de retour en famille pour les vacances, tenter d’expliquer le point de vue de la famille dans la situation, etc.), ou encore à élaborer des dossiers préparatoires à une rencontre avec les mandants afin que les personnes, intimidées, ne perdent pas trop leurs moyens dans l’entrevue.
Lors de ce travail l’AMO était le dépositaire des interpellations des familles, qui se sentaient peu ou pas entendues par les services comme le SAJ, le SPJ, les écoles, etc. Elles avaient l’impression de ne pas parler le même langage, de ne pas être prises en compte, voire même pas écoutées. Certaines perdaient patience, s’énervaient ; d’autres se sentaient écrasées.
L’AMO s’est donc demandé comme faire pour que la parole des parents puisse être mieux prise en compte. Elle a donc proposé aux services du Grand Verviers de réfléchir ensemble à la question.
Une fois par mois, pendant environ un an, une réunion avec les services a été organisée.
Les services participants étaient :
- le dispositif d’urgence sociale de la ville de Verviers ;
- un criminologue du Parquet Jeunesse ;
- SOS enfant ;
- SAJ (délégué et section de prévention générale) ;
- SPJ ;
- un SAAE ;
- une maison d’accueil ;
- un service d’accrochage scolaire ;
- une AMO.
Deux services ont abandonné en cours de route : un autre SAAE et un SPF.
Dans ce premier tour, les positions des uns et des autres étaient fort différentes, certains se sentaient mis sur la sellette, d’autres considéraient qu’il n’y avait pas de problème. Paradoxalement, il fallait lutter contre l’idée, fort répandue, que parce qu’on est travailleur social, on est automatiquement dans l’écoute. Des dispositifs de recours, comme l’article 37 du Décret, donnaient aussi bonne conscience : puisque des recours étaient possibles, rien n’était fermé pour les familles.
Néanmoins, les services ont fait le tour de la question, chacun de leur point de vue, et les rencontres ont abouti à un document tentant de répondre à 5 questions.
- Dans votre institution, en ce qui concerne la parentalité, pensez-vous qu’il y aurait à mieux prendre en compte la parole des familles ?
- Avez-vous le sentiment que cette parole n’est pas toujours prise en compte de la même manière dans toutes les institutions ?
- Un accompagnement spécifique serait-il utile ? Pourrait-on concevoir la notion « d’accompagnement social » ?
- Lorsqu’une institution est mandatée, les parents doivent-ils s’adresser directement à elle ou au mandant ?
- Dans l’arrondissement de Verviers, quelle est la place réservée aux écrits des parents ? Des intersections sont-elles possibles entre la place des écrits, les parents, les institutions et les services ?
Lors de cette démarche, les services ont eu l’occasion de mettre à plat les pratiques des uns et des autres et de rectifier, ici ou là, des imperfections.